Die goldene Gans

J'ai acheté ce chamant petit ensemble à Kulmbach en 2019 chez Zinnfiguren aus Königs Wusterhausen, un éditeur allemand dans la plus pure tradition du plats d'étain. Leur site web est clair et permet de télécharger un catalogue très fourni. Je n'ai pas testé la vente à distance, mais l'accueil sur le stand laisse présager le meilleur. Toute la production, majoritairement historique, avec une exploration de thèmes qui me semblent originaux, est d'une grande qualité.

Cette saynette représente l'un des épisodes d'un conte des frêres Grimm : "l'oie d'or", littéralement "Die goldene Gans. (Illustration von Leonard Leslie Brooke, 1905 source Wikipédia

Pour être franc, je trouve l'histoire un peu alambiquée. Un paysan, trois fils dont seul le dernier, considéré comme un peu bêta rencontrent successivement le même gnome qu'on devine magicien. Les deux premiers le méprisent ; seul le troisième partage son repas. Du coup, en retour de son âme simple et charitable, le gnome l'aidera à épouser la fille du roi, via une sombre histoire d'oie au plumage d'or offerte par le gnome et que porte le benêt. Tous ceux et celles qui le touchent se trouvent collés les uns aux autres. D'où la farandole illustrée dans cette série.
Internet vous expliquera tout ce qu'il faut comprendre dans ce conte vaguement saugrenu à tous les étages. Indéniablement, il est beaucoup plus connu en Allemagne et j'admets sans souci que ma relative (mais modeste) commisération n'est que l'effet de mon ignorance. On peut quand même espérer que la fille du Roi était raisonnablement d'accord pour épouser le benêt ; quand à cette histoire d'oie aux plumes d'or qui attire l'étrange farandole, avant que l'histoire ne l'oublie pour se focaliser sur une série d'épreuves bizarres, elle dépasse l'entendement et le temps qu'il me semble raisonnable d'y consacrer...

Pour ce qui concerne les plats d'étain, j'en tire surtout la leçon, déjà évoquée, que les éditeurs allemands ne produisent pas n'importe quoi : ce sont des érudits, et il faut toujours faire l'effort de comprendre ce qu'ils nous proposent. C'est évident pour les séries historiques ; ça doit l'être aussi pour les pièces qui nous paraissent plus ésotériques. Cela vaut toujours la peine de comprendre ce qu'ils ont voulu transmettre. Ce sont parfois des contes, des fictions ; mais même dans les expressions plus clairement artistiques, il est utile de comprendre leurs sources, leurs références. D'une part c'est intéressant ; et cela peut nous guider pour mettre en place l'univers pictural que nous choisissons d'illustrer.

En l'occurrence, pour cette charmante scène :
  • La farandole :
    - elle n'est pas complètement conforme, dans sa composition, aux versions que j'ai pu survoler du conte et/ou à l'idée que je me serais faite de leurs costumes ; il y a bien le nombre de personnages requis (7 : coïncidence ? Je ne crois pas...), mais je n'ai pas vraiment reconnu les métiers évoqués. Cela n'est pas très grave. Reste la difficulté, à l'image de la pièce des "7 souabes", de trouver des teintes qui rendent l'ensemble harmonieux, qui jouent sur les contrastes pour ajouter du volume, tout en trouvant une crédibilité par rapport à ce qu'on devine de leur condition...

    - en l'occurrence, j'ai choisi un ensemble qui inspire une forme de fraîcheur, sur un registre relevant plus de la bande dessinée que du drame Shakespearien...
    - misant sur le fait qu'aucun spectateur français ne parviendrait à comprendre une oie dorée, je l'ai faite...blanche ; comme une oie ordinaire. On voit bien, cependant, la première jeune fille de la troupe tenter de lui attraper une plume, comme dans le conte. Je pressens que j'en aurai des remarques en Allemagne !
  • Le Roi :
    - là encore, j'ai choisi des couleurs vives, qui me semblaient cerrespondre à l'état d'esprit d'un conte drôlatique,
    - penser à forcer les contrastes par exemple pour faire ressortir le bras qui désigne la petite troupe.
  • la fille du Roi et le valet :
    - c'est en effet sa fille, et non la Reine, dont le conte ne parle absolument pas (!). De fait, elle a l'air bien jeune,
    - pour le valet, une teinte d'ensemble classique d'un joli bleu-gris et un bâton de cérémonie festif.
Au total, une saynète très agréable à peindre, très bien gravée et qui donne autant envie d'explorer le catalogue historique de son éditeur, que de poursuivre la découverte de ses illustrations des contes germaniques (cliquez pour découvrir la saynète complète).