Abbaye aux Dames de Caen : aux sources d'une oeuvre

J'ai ainsi pu retrouver Alain Letort, qui m'a fait un accueil des plus sympathiques et a bien voulu répondre à quelques questions. Alain Letort : "Trente et un an déjà ... Neuf cent trente et un... en rêve ! 1987, on commémore dans notre Normandie l'anniversaire de la mort de Guillaume le Conquérant... Quelques temps avant cette date, on se prépare à l'événement, les projets fleurissent..."
"Pourquoi et comment cela s'est-il décidé ? Je ne m'en souviens pas ...
Enfin, ce fut dit : nous allions ériger une oeuvre monumentale en mémoire du Grand Homme mais à échelle réduite, bien sûr (nous sommes amis du paradoxe !)... Je découvre le début de l'histoire sans être tout à fait surpris : on ne crée pas une telle oeuvre sans une passion créatrice débridée. A.L. "L'art roman nous appelle... Brainstorming : d'impasses en fausses pistes, nos divagations vont nous mener inévitablement au plat d'étain !
Seule, à nos yeux, la noblesse de cette technique (il faut savoir de Qui on parle, là) nous permettrait d'avoir une vision qui soit au plus proche des représentations de l'époque... (n'avons-nous pas chez nous l'exemplaire Tapisserie de Bayeux ?!).
Le principe du triptyque viendra plus tard quand nous déciderons d'abandonner le Roi pour la Reine en évoquant la dédicace de l'Abbaye aux dames en 1066...

Dans les années 80, les informations sont rares en bibliothèque et les quelques artisans-créateurs que nous allons rencontrer se montreront plus que réticents à partager leur savoir ...
Mais nous sommes enthousiastes et obstinés. De fil en aiguille, nous remonterons la piste et déposerons notre projet qui sera défendu par Chantal Rivière, Maire-adjointe à la culture de Caen... Elle fera en sorte que le financement de celui-ci soit partagé par le Conseil Régional.
Avec l'aide d'une professeur d'allemand et de son fils (notre interprête sur les lieux), tous deux originaires de ces contrées dont nous ne parlons pas la langue, nous nous mettons en quête de la pierre philosophale : la fameuse ardoise de Thuringe...
Depuis la frontière de la RDA, nous rapporterons des blocs de shiste très durs mais (hélas) riches en pyrite de fer (25x10x3 cm) achetés à un exploitant de carrière faricant de lauzes de grandes dimensions ...
Après, ce seront les outils : moteur suspendu avec flexible et mandrin, fraiseuses rachetées à un dentiste, gouges et limes ... Les ardoises seront chauffées au four de la gazinière du ménage et l'étain fondu sur ses feux..." On retrouve bien là la magie de la fabrication artisanale des plats, mais poussées à ses extrémités. On remarquera que les moules sont gravés des deux côtés, ce qui constitue, en l'espèce, un niveau de perfectionnisme incroyable. Le peu d'aide reçu a de quoi surprendre : finalement, et sans doute aussi grâce à internet, nos deux artistes auraient sans doute eu plus de facilité à notre époque. Comme quoi, le plat d'étain ne se porte pas si mal.

Pour en savoir plus sur le travail de Luc Marie, c'est par ici