Abbaye aux Dames de Caen : Luc Marie, plasticien
Je me devais de compléter mes recherches sur le superbe tryptique réalisé, il y a 31 ans, dans le cadre des festivités liées au 900ième anniversaire de la mort de Guillaume de Conquérant à Caen : le "retable" comme l'appelle ses créateurs. Après Alain Letort, j'ai pu nouer contact avec Luc Marie. Plasticien extrêmement actif dans le domaine des expositions, musées, il a bien voulu me consacrer un peu de son temps, entre deux appels d'offres pour de nouvelles créations lumineuses : je lui suis d'autant plus reconnaissant du temps qu'il aura pris à me fournir des photos de ses moules et de ses créations. Vous trouverez
ici son book ; en la matière, les photos seront plus explicites que n'importe quel commentaire.
Il m'a confirmé l'histoire épique de la création du retable. Je dois bien dire que j'étais assez... consterné, d'entendre à nouveau que la communauté française des plats d'étain ne les auront guère aidé à l'époque. Il faut bien avoir conscience (les plus jeunes vont-ils comprendre de quoi il s'agit ?) que le site des ardoise de Thuringe était en Allemagne de l'Est ; il s'en est fallu de quelques semaines seulement, mais le mur était toujours bien là. Et les morceaux récoltés n'avaient apparemment pas l'isotropie idéale : au moment de la gravure, il aura fallu, parfois, laisser la pierre s'exprimer, notamment par des inclusions qui peuvent contrarier le ciseau... C'est sans doute aucun doute ce qui donne toute sa grandeur à l'art du sculpteur. Pour autant, les photos de moules que Luc Marie a bien voulu m'adresser semblent montrer une très belle matière. Les gravures sont quant à elles d'une grande finesse, telle qu'on la voit sur les pièces peintes et extrêmement évocatrices de l'époque à laquelle elles rendent hommage.
Le pire, c'est que Luc Marie a récidivé ! Deux autres dioramas, où l'on reconnait bien la "patte" de l'auteur, ont fait l'objet d'une exposition à la Cité des Sciences. Les pièces sont magnifiques et montrent une grande maîtrise de l'art de la gravure, tout en exprimant ce style tellement évocateur d'un moyen-âge idéalisé.
Deux mise en scène retiennent l'attention : deux petites oeuvres délicates sur un fond qui semble réalisé par embossage et qui constitue à nouveau une manière originale de mettre des plats d'étain en valeur.
Je remercie à nouveau les deux créateurs de cette pièce unique (à tout point de vue !). J'espère avoir contribué à sa re-découverte et vous y invite en tout cas à aller la voir, si vos pas vous mènent à Caen.
Le retable, comme l'autre série développée par Luc Marie sont les premières créations de plats que je vois prendre la liberté que permet l'expression artistique pour s'éloigner d'une reproduction obsédée de la réalité. Il me reste à remercier chaleureusement Alain Letort d'avoir partagé ses souvenirs sur une oeuvre unique, mettant en évidence de belle manière que le plat d'étain peut être beaucoup plus que l'art d'interprétation que nous lui connaissons désormais presque exclusivement : il peut être un mode d'expression à part entière, et avec quelle joyeuse folie !
Retour sur les photos, complétées de celles de Luc Marie :
Pour en savoir plus sur le site où est exposé le tryptique,
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Pour en savoir plus sur les circonstances de la création du tryptique, expliquées par Alain Letort,
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